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Kléber Kungu | L’Observateur

Un peu d'Histoire...
Depuis 2015, l’Afrique vit au rythme des élections, particulièrement les présidentielles. Lors des campagnes électorales des présidentielles, il n’est pas rare d’entendre le candidat à la présidentielle, surtout sortant, promettre de battre ses adversaires par « Coup K.O » au premier tour de ce scrutin. Un discours qui fait croire aux autres candidats que le scrutin est d’office entaché de fraudes, d’irrégularités. Par conséquent, sujet à revendications, à boycott, à rejet. A tort ou à raison. La réalité est cependant telle que la plupart de ces présidentielles se soldent par une victoire au premier tour, donnant raison à la « prophétie » du président sortant. Si bien que cela semble devenir un mode d’emploi. En voici quelques exemples.

D’un bout à l’autre du continent, les présidents se fabriquent au premier tour, évitant à tout prix le second tour aux résultats parfois non maîtrisables. Plébiscites du peuple ou réalités de la machine électorale à l’africaine ? S’il est difficile de répondre précisément à cette interrogation, il est cependant vrai que la plupart des résultats des présidentielles africaines sont sujets à des contestations, parfois très violentes.

Togo

Gnassingbe_0Après l’élection du 25 avril 2015, la commission électorale annonce le 28 avril la victoire de Faure Gnassingbé. Une victoire écrasante contre son principal adversaire, Jean-Pierre Fabre, avec 58,75 % des suffrages exprimés contre seulement 34,95 % pour le challenger. Les protestations de l’opposition criant à la fraude n’empêchent pas le fils de Gnassingbé Eyadema d’être à nouveau investi président de la république du Togo.

Burundi : Pierre Nkurunziza s’impose un 3ème mandat

nkurunziza-burundiLes échauffourées et les coulées de sang à Bujumbura des lendemains du 25 avril resteront gravées dans les mémoires. Pierre Nkurunziza annonce sa candidature à l’élection présidentielle, ambitionnant ainsi un troisième mandat consécutif à la tête de l’État burundais. L’élection se tient le 21 juillet après plusieurs reports et Pierre Nkurunziza est déclaré président à sa propre succession le 24 juillet par la commission électorale nationale indépendante avec 69,41 % des voix. Les résultats du scrutin sont aussi contestés que la candidature du président réélu.

Côte d’Ivoire

7392543-11385451Tensions, troubles et guerres jalonnent l’histoire contemporaine de ce pays. De quoi redouter le pire à chaque élection, comme celle du 25 octobre 2015. Alassane Ouattara, dont le principal rival était Pascal Affi N’guessan, a remporté une victoire écrasante : 83,66 % des suffrages contre seulement 9,29 % pour son challenger. Mais aucune contestation ni violence n’a suivi l’élection. Plus de peur que de mal !

Tanzanie

john-magufuliLes Tanzaniens ont accompli leur devoir de citoyen le 25 octobre 2015, date de l’élection présidentielle nationale. Le scrutin se passe dans une ambiance générale paisible. Aux prises, John Magufuli, candidat du parti au pouvoir et Edward Lowassa de l’opposition. Quatre jours après le vote, le jeudi 29 octobre, le président de la commission électorale annonce la victoire de John Magufuli qui l’emporte avec 58,46 % des voix. Le résultat est fortement contesté par le candidat de l’opposition. Le parti au pouvoir met alors en place des forces antiémeute. Le pays entier vit sous la hantise de possibles violences. Seulement pour quelques temps, fort heureusement.

Guinée

Alpha-Condé1La Guinée organise en 2015, pour la deuxième fois depuis son accession à l’indépendance, un scrutin démocratique après celui de 2010. Alpha Condé, président en exercice, retrouve son principal opposant de 2010, Cellou Dalein Diallo. La campagne électorale est parsemée de scènes de violences, avec notamment les heurts du grand marché de Madina ayant fait quinze blessés et deux morts. Le passage aux urnes du 11 octobre permet à Alpha Condé de remporter un mandat à la tête du pays. L’opposition se campe et proteste.

Burkina-Faso

roch-kabore-002Depuis la destitution de Blaise Compaoré en octobre 2014, les habitants du « pays des hommes intègres » vivent dans l’incertitude. Les gouvernements transitoires se succèdent. Mais le pays parvient néanmoins à un consensus, et le scrutin présidentiel est prévu pour le 29 novembre 2015 en même temps que les législatives. Quatorze candidats se présentent, mais seulement deux se démarquent : Roch Kaboré du Mouvement pour le peuple et le progrès (MPP) et Zéphirin Diabré de l’Union pour le progrès et le changement (UCP). La commission électorale nationale indépendante annonce le mardi 1er décembre la victoire de Roch Kaboré. Il obtient 53,49 % des voix contre 29,65 % pour son challenger qui reconnaît humblement la victoire de son rival. Quel bel exemple sur un continent, et même sur une planète, où l’humilité politique est loin d’être monnaie courante !

Ouganda

OGDL’Ouganda a eu le privilège d’ouvrir le bal des présidentielles africaines en 2016. Yoweri Museveni, au pouvoir depuis trente ans, période suffisante pour se taper une carrière administrative dans certains pays, s’est représenté pour un nouveau mandat présidentiel. Son principal opposant, Kizza Besigye, est son principal challenger. Le scrutin est prévu pour le 18 février 2016 est marqué par une atmosphère globalement délétère. Le candidat Besigye subit de nombreuses formes de pressions et des brimades. Il est  notamment assigné à résidence au moment de la proclamation de la victoire de Museveni, réélu une cinquième fois avec 60,7 % des suffrages.

Niger

Mahamadou Issoufou affrontera Hama Amadou au second tour

9169492-14608540Durant des semaines de la campagne électorale, le président sortant Mahamadou Issoufou a martelé qu’il gagnerait au premier tour. «Un coup KO» selon l’expression consacrée. Un slogan qui a réussi à des candidats lors de trois présidentielles récentes en Afrique de l’Ouest : Guinée, Côte d’Ivoire et Burkina Faso.

La présidentielle nigérienne a été organisée le 20 mars entre le sortant Mahamadou Issoufou et 14 autres candidats dont Hama Amadou, actuellement en prison. Les résultats de ce scrutin ont démenti ce slogan. Mahamadou Issoufou a été crédité de près de 48 % des suffrages, contre son challenger, Hama Amadou, incarcéré depuis novembre 2015 dans un dossier controversé de trafic présumé d’enfants, qui a recueilli pour sa part 17,41 % des voix..

Le chef de l’Etat sortant affrontera donc au second tour son principal adversaire, après le premier tour du scrutin présidentiel – avec – en lice quinze candidats couplé à des législatives au terme d’une campagne tendue.

Le président Issoufou, 63 ans, brigue un deuxième mandat de 5 ans, pour lequel il avait promis une victoire par « KO ». L’opposition avait accusé le pouvoir de fraude et annoncé qu’elle ne reconnaîtrait pas les résultats. La coalition des partis d’opposition COPA 2016 avait notamment déclaré dans un communiqué qu’elle « se réserve le droit de rejeter l’intégralité des résultats grotesques tels que fabriqués et diffusés par la Céni ».

Congo Brazzaville

Sassou  un coup KO

4648294_7_45f3_le-president-congolais-denis-sassou-nguesso_f7006910f6bf64970a53ad7caf25ec8dLe président congolais Denis Sassou Nguesso, qui brigue un troisième mandat, a promis également, en campagne à Pointe-Noire, de remporter la présidentielle du 20 mars dès le premier tour face à huit adversaires, dont son ancien conseiller, Jean-Michel Mokoko. Ce qui a été le cas sur fond d’accusations de truquage massif.

« Le 20 mars, ça sera un penalty tiré et marqué et puis c’est la victoire », a déclaré M. Sassou Nguesso devant des milliers de militants, arborant des tee-shirts et autres gadgets à son effigie. Une promesse sur fond de son nouveau projet de société baptisé la marche vers le développement.

Après le Congo Brazzaville, dans quel autre pays assistera-t-on à un « coup KO » ?

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